En souvenir des frères Thompson
Chaque année, à Brough, une ville de l’East Riding dans le Yorkshire, le vice-lieutenant-gouverneur (représentant du Roi) et les cadets de l’armée de l’air locale se joignent aux habitants au monument aux morts pour la cérémonie de 11 novembre pour rendre hommage aux 15 hommes de la ville qui ont donné leur vie pendant la Seconde Guerre mondiale.
À 650 kilomètres de là, à Gouesnou, en Bretagne, le maire, accompagné d’anciens combattants français et d’habitants de la ville, rend hommage à l’un des trois frères originaires de Brough qui repose dans le cimetière de la ville.
L’histoire de ces trois jeunes hommes originaires du Yorkshire qui ont perdu la vie pendant la Seconde Guerre mondiale est peu connue du grand public, mais on se souvient d’eux chaque année aux quatre coins du monde : dans le Yorkshire, en Bretagne, sur la petite île néerlandaise de Teschelling et dans le lointain Myanmar. Ils étaient les fils de John et Helen Thompson
L’aîné, le lieutenant John Andrew Furnivall Thompson, né en avril 1919, a servi au sein du 3e bataillon du 4e régiment des Bombay Grenadiers. Il a été porté disparu au combat en février 1945 en Birmanie (aujourd’hui Myanmar). Son nom figure sur le mémorial de guerre de Rangoon (Yangon), situé au cimetière militaire de Taukkyan, qui rend hommage à 27 000 soldats du Commonwealth de la Seconde Guerre mondiale dont la tombe est inconnue. Le haut-commissaire britannique dépose une gerbe chaque dimanche du Souvenir.
Son frère cadet, Roy Furnival Thompson, né en avril 1921, a servi au sein du 144e escadron « Rhodesia » de la RAF en tant que pilote d’un bombardier Hampden. Le 7 février 1942, son avion a été abattu lors d’une mission de pose de mines marines au large des îles frisonnes néerlandaises ; son corps a été rejeté sur le rivage de la petite île de Terschelling. Il est inhumé au cimetière du CWGC d’Ameland (Nes).
Le plus jeune frère, Richard Keith Thompson, né en janvier 1923, a servi comme pilote de chasse au sein du 266e escadron « Rhodesia » de la RAF, basé à Exeter. Le 3 août 1943, son escadron de Hawker Typhoons, commandé par le Sqn Ldr Sandy MacIntyre (voir l’article de blog), a été déployé pour assurer la protection aérienne rapprochée de 8 bombardiers Stirling lors d’un raid de jour contre les bassins à sous-marins de Brest. Six FW109 de la Luftwaffe ont décollé pour les intercepter et, lors du combat aérien qui s’ensuivit, les avions de Richard et de Sandy ont été gravement endommagés. L’avion de Richard est entré en vrille et a perdu le contrôle. Il s’est écrasé près de la ville de Gouesnou sans qu’il ait pu sauter en parachute. Il est enterré au cimetière de Gouesnou.
Âgés respectivement de 19 et 17 ans, Roy et Richard émigrèrent en Rhodésie du Sud (aujourd’hui le Zimbabwe) en 1940 pour rejoindre un compatriote du Yorkshire, international de rugby et ami de leur père, le colonel Herbert MacIlwaine, décoré de la DSO, de la MC et de la Croix de Guerre, qui possédait une ferme près du village de Marandelas (aujourd’hui Marondera)
Le jour de son 18e anniversaire, Richard quitta la ferme pour s’engager dans l’armée de l’air rhodésienne et commença sa formation de pilote. Au cours d’un de ses premiers vols en solo, son avion, un de Havilland Tiger Moth, tomba en panne de carburant et s’écrasa dans la brousse. Richard erra dans la brousse pendant 12 jours, se nourrissant d’œufs d’oiseaux, avant d’être retrouvé par des enfants africains du coin et de retrouver le chemin de la base. Cet épisode lui valut le surnom de « Bundu », mot de la langue bantoue locale signifiant « brousse », qui apparaît ensuite dans les documents officiels.
Roy et Richard figuraient tous deux sur le monument aux morts de Marandellas/Marondera, mais celui-ci a été retiré après l’indépendance du pays en avril 1980. On pense qu’il se trouve aujourd’hui en Angleterre. Leurs noms sont inscrits sur le tableau d’honneur du musée « The Lion and Tusk ».
Depuis plus de 80 ans, le sacrifice de Roy et Richard est honoré. Leurs tombes sont soigneusement entretenues par la population locale. À Gouesnou, une plaque commémorative a été érigée, dotée de codes QR permettant aux passants de découvrir l’histoire des hommes qui y sont enterrés.
Nous remercions Daniel Crouan, Hugh Bomford, le commandant d’escadron Clifford-Roper-Smith, Gerloff Molenaar, la commune d’Ameland, Andrew Jackson, Jackie Jackson, le musée Lion and Tusk, Nicola Roberts, Gildas Saouzonet, ainsi que Mary-Kate Thomson













