30 ASSAULT UNIT : LES COMMANDOS D’IAN FLEMING À BREST EN 1944

L’histoire des activités de la 30e Assault Unit (Unité d’Assaut) dans la région de Brest en août et septembre 1944 a été entourée de mystère pendant de nombreuses décennies. Aujourd’hui encore, les informations sont dispersées dans divers documents Top-Secret déclassifiés et dans des récits personnels des commandos eux-mêmes et des résistants français qui ont travaillé avec eux.

QG de 30 AU au Folgoët en Aout/Septembre 1944

C’est une histoire fascinante de courage, notamment la capture de la station de radar de St Pabu ; de romance, les commandos tombant amoureux de femmes bretonnes de la Résistance et les épousant plus tard ; de secret, les commandos nés en France devant dissimuler leur véritable identité pour protéger leurs familles dans la France occupée, et de frustration, les semaines de retard dans le lancement de l’assaut sur Brest, alors que le reste des forces alliées se déplaçait vers le nord, à travers Paris, en Belgique.

Le 30 Assault Unit a été créée et dirigée par Ian Fleming (l’auteur des livres de James Bond) sur le modèle de l’AbwehrKommando allemand, afin d’avancer avec les troupes de première ligne, et souvent devant elles, pour capturer les codes, les cartes et le matériel secret allemands, y compris les nouvelles armes innovantes, sur la base d’une liste de cibles établie par les services de renseignement de la marine britannique.

Lorsque la 6e Division Blindée américaine perça les lignes allemandes à Avranches, de petites équipes de 30 AU se répandirent rapidement à travers la Bretagne jusqu’à Rennes, Vannes et Brest.

Le Lt.Cdr Dalzel-Job décrit comment “Presque toute la Bretagne est devenue un “No Man’s Land” dans lequel nous nous sommes déplacés… en évitant les avant-postes allemands et en restant à l’écart des convois allemands”.

Des membres de 30 AU en Normandie avant la percée d’ Avranches

En chemin, notamment à Carhaix, les équipes de 30 AU ont rencontré des résistants français dirigés par des SAS français (2e Régiment de Chasseurs Parachutistes) qui avaient été chargés de s’emparer des ponts clés et des points d’appui pour permettre l’avancée des alliés.

Le Lt Cdr John Hugill décrit : “Cette traversée de la Bretagne a été riche en émotions, car les Bretons sont des braves gens, coriaces et indépendants. Je pense que nous étions tous conscients du caractère unique de la situation et du privilège que nous avions”.

Les premiers éléments de la 30 AU arrivent à Lesneven/Le Folgoët 24 heures après l’arrivée des premières forces américaines et s’établissent à Lanarvily.  Une autre base a été établie à Carentec, avec un quartier général arrière à Pleudihen sur Rance près de St Malo. À partir de ces bases, les équipes de 30 AU ont mené des missions dans tout le Département, récupérant des informations et du matériel à envoyer à Londres pour analyse.

La plus remarquable de ces missions est la prise de la station radar allemande de St Pabu. Les 11 et 12 août, alertés par la Résistance locale, un petit groupe d’une douzaine de Commandos dirigés par le Lt Cdr Hugill et le Lt Van Cleef a réussi à convaincre la garnison allemande qu’ils faisaient partie d’une force beaucoup plus importante. 282 Allemands se rendent et le radar est capturé intact, fournissant des renseignements clés sur le système et les techniques allemands. Le lieutenant Hugill a reçu la Croix du Service Distingué (DSC) pour son action. Le fusilier marin Powell et le sergent McGrath ont reçu la Médaille du Service Distingué (DSM).

Fait remarquable, seuls trois commandos de la 30 AU perdirent la vie au cours des semaines précédant l’assaut final sur Brest. Le 1er septembre, au cours d’une mission devant les lignes alliées, probablement pour saisir du matériel spécialisé dans l’usine de munitions de “la Pyrotechnie de St Nicolas” (Guipavas), le marine Sanderson, les matelots de 2e classe Brady et Muldoon sont tués par une mine IED à un passage à niveau près de Landerneau.

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Leurs corps ont été transférés au cimetière CWGC de Bayeux à la fin de la guerre et il n’existe aucun monument à leur mémoire en Bretagne. Cette année, avec l’aide d’historiens locaux, nous avons localisé le site de l’incident et, en collaboration avec Souvenir Français, l’Amicale des Fusiliers Marins et Commandos de Brest, le Memorial de Finistèriens et en presence des familles et les membres actifs de 30 Commando IXGP, nous dévoilerons un nouveau monument en leur honneur le 21 septembre.

Les tombes des trois Commandos a Bayeux. Le passage a niveaux en 2024

Le lieutenant Postlethwaite et un groupe de 30 AU sont finalement entrés à Brest le 18 septembre, ou peut-être un peu avant la capitulation allemande, mais aucune trace détaillée de leur activité n’a encore été trouvée. Le journal de guerre officiel mentionne “l’équipement de contrôle élaboré” trouvé à la batterie Graf Spee à la Pointe St Mathieu, qui est aujourd’hui un excellent musée.

Les opérations dans et autour de Brest se sont déroulées dans un environnement extrêmement dangereux. Le lieutenant Hugill décrit les combats entre la Résistance et les forces allemandes comme particulièrement brutaux. Plusieurs massacres de civils en représailles ont eu lieu au gré des combats, notamment à Penguerrec et Plouvien (7 et 8 août). C’est peut-être pour éviter des représailles contre leurs familles que la 30 AU a pris l’initiative d’intégrer officiellement dans ses rangs trois résistants locaux. Cette démarche est presque sans précédent dans l’armée britannique. Il s’agit d’Honoré Chalm, d’Hippolyte Foulon et de Gilbert Garbe. Le journal de l’époque d’Honoré Chalm a survécu et constitue une référence essentielle.

Honoré CHALM Hippolyte FOULON Gilbert GARBE

Un autre individu remarquable est Marc Odin, un Français qui, en tant qu’élève aspirant de la Marine Française, s’est enfui en Grande-Bretagne en 1940 et a rejoint les Royal Marines (fusiliers marins) sous le pseudonyme d’Andrew Simpson. Des témoins contemporains l’ont vu au Folgoët au début du mois d’août 1944, mais il ne semble pas avoir révélé sa véritable identité.

Le tribut payé par les membres de 30 AU eux-mêmes n’est pas négligeable. Si l’esprit d’aventure ressort des quelques témoignages qui subsistent, décrits par le général américain Patton comme des “Pirates”, Hitler avait donné l’ordre que tout Commando capturé soit fusillé.  Plusieurs membres de la 30 AU ont fait de brillantes carrières après la guerre, mais un grand nombre d’entre eux ont manifestement souffert des effets néfastes de ce que nous appellerions aujourd’hui le syndrome de stress post-traumatique.

La 30 ASSAULT UNIT a été dissoute en mars 1946. Elle a toutefois été reconstituée en 2010 sous le nom de 30 Commando IXGP.

Remerciements : Remerciements à Amanda Alexander, Hugues Gicquel, Daniel Leal, Lénaïg Pellé, Gildas Priol, Dave Roberts.

Sites web utiles sur 30 AU

https://www.commandoveterans.org/30Commando

https://www.30au.co.uk/

https://www.combinedops.com/30%20Assault%20Commando.htm

MEMBRES DU 30 AU MENTIONNÉS OU SUSPECTÉS D’ETRE DANS LA RÉGION DE BREST 1944

Matelot Peter Brady mort dans l’explosion d’un engin explosif improvisé dans la forêt de Landerneau le 01.09.44

Lt B Connell RNVR (peut-être rejoint plus tard)

Lt Cdr Patrick Dalzel-Job alias Derek

Lt Van Cleef RNVR alias Richard (raid de St Pabu) mort de leucémie 1945

Cmdr Dunstan Curtis CBE, DSC & Bar, Croix de Guerre RNVR, alias (Big)Roger

Capitaine SO Frew RN (a dirigé l’équipe chargée d’examiner le port de Brest)

Marine Ronald Guy

Capitaine de corvette John Hugill DSC RNVR

Capitaine Peter Huntington-Whiteley RM, alias Philip

Sgt Paul McGrath DSM alias Walsh (raid de St Pabu)

Lt Cdr George McFee RNVR alias Gordon

Matelot Daniel Muldoon mort dans l’explosion d’un engin explosif improvisé dans la forêt de Landerneau le 01.09.44

Lt J Ogle RNVR

Lt Cdr Guy Postelthwaite RNVR alias Guy

Marine Sandy Powell DSM alias Tower (raid de St Pabu)

Marine Andrew Simpson alias Marc Odin

Marine Herbert Sanderson est mort dans l’explosion d’un engin explosif improvisé dans la forêt de Landerneau le 01.09.44.

Lt Cdr G Turner GC RNVR

Marine Causley est affecté au Lt Hugill.

Lt T Tamplin RNVR

Capt Ingram USN (inspection du port de Brest)

Lt J Lambie USN

Enseigne de vaisseau D Brothers USN

Capt Charles Wheeler RM aka little Roger

Lt Col Wooley (Rennes seulement ?)